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Mali : retour sur les attaques coordonnées du 25 avril

Agence de Presse Africaine – Du déclenchement simultané des assauts à l’adresse à la Nation du président Assimi Goïta, retour sur une semaine de crise qui a ébranlé le Mali en profondeur, coûté la vie au ministre de la Défense et relancé les interrogations sur la stabilité du pays.

Les premières détonations ont retenti vers 5h30 du matin, le samedi 25 avril 2026. En l’espace de quelques heures, plusieurs des principales villes du Mali, Bamako, Kati, Gao, Mopti, Sévaré et Kidal, étaient simultanément frappées par des attaques d’une ampleur et d’une complexité inédites. Quatre jours plus tard, le pays panse ses plaies, tente de mesurer l’étendue des dégâts et s’interroge sur les suites d’une offensive qui a visé le cœur même de l’appareil d’État.

Des assauts simultanés contre des cibles stratégiques

Dès les premières heures, l’état-major général des armées maliennes a confirmé que des « groupes armés terroristes, non encore identifiés » avaient pris pour cibles des points stratégiques et des casernes à Bamako et dans plusieurs villes de l’intérieur du pays. « Les combats sont en cours », indiquait le premier communiqué militaire, appelant la population au calme et à la vigilance.

Les assaillants ont eu recours à un arsenal varié : véhicules kamikazes, engins explosifs improvisés, drones kamikazes, tirs indirects et attaques directes contre des positions militaires. Parmi les sites visés figuraient la résidence du président de la Transition, Assimi Goïta, le siège du ministère de la Défense, l’aéroport international Modibo Keïta de Bamako, et la garnison de Kati, importante base stratégique située à une quinzaine de kilomètres de la capitale.

L’ambassade des États-Unis à Bamako a émis dès la matinée une alerte de sécurité, faisant état d’explosions et de tirs aux abords de Kati et de l’aéroport, et demandant à ses ressortissants de rester confinés.

Revendications croisées du JNIM et du FLA

Les attaques ont été revendiquées conjointement par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda au Sahel, et par le Front pour la libération de l’Azawad (FLA), nouvelle appellation de l’ex-Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA). Les deux organisations ont affirmé avoir agi de manière coordonnée, notamment à Kidal et à Gao. Le JNIM a précisé avoir visé la résidence du président Goïta, le siège du ministère de la Défense et l’aéroport international Modibo Keïta. Le FLA a affirmé avoir pris possession de certains points de Kidal.

La mort du général Sadio Camara

La perte la plus lourde officiellement reconnue est celle du général Sadio Camara, ministre de la Défense et des Anciens combattants. Selon le communiqué du gouvernement de la Transition diffusé dimanche par la télévision nationale malienne, un véhicule piégé conduit par un kamikaze a visé sa résidence à Kati. Le ministre a, selon Bamako, engagé les assaillants et réussi à en neutraliser certains avant d’être grièvement blessé. Transporté à l’hôpital, il a succombé à ses blessures. Le communiqué précise en outre que l’effondrement de sa résidence a causé d’autres victimes, ainsi que la destruction d’une mosquée voisine et la mort de plusieurs fidèles qui s’y trouvaient.

Figure emblématique de la Transition depuis 2021, proche du président Goïta, Sadio Camara était considéré comme l’un des principaux architectes de la recomposition sécuritaire et diplomatique du Mali, notamment du rapprochement stratégique avec Moscou et du déploiement d’Africa Corps aux côtés des Forces armées maliennes (FAMa). Le Trésor américain l’avait sanctionné en juillet 2023, l’accusant d’avoir contribué à faciliter le déploiement du groupe Wagner au Mali, avant la levée de ces sanctions en février 2026.

Le président Goïta, le gouvernement et l’ensemble des forces de défense et de sécurité lui ont rendu hommage, saluant sa « combativité, son intrépidité, son professionnalisme et son engagement ». Sur décision présidentielle, il a bénéficié de funérailles nationales. Deux jours de deuil national ont été décrétés.

La riposte des FAMa et d’Africa Corps

Dans ses différents communiqués, l’état-major malien a annoncé le déclenchement d’une « vaste opération de ratissage » à Bamako, Kati et dans les autres localités touchées, faisant état de la « neutralisation de plusieurs centaines de terroristes » et affirmant que « la situation est totalement sous contrôle ». Le chef d’état-major général des armées, le général Oumar Diarra, a précisé dimanche soir que sept localités avaient été simultanément visées et que plus de 200 combattants avaient été neutralisés à ce stade. Il a présenté ces attaques comme s’inscrivant dans « un plan de déstabilisation coordonné par des acteurs internes et externes ».

Africa Corps, la force russe opérant aux côtés des FAMa, a affirmé de son côté avoir joué un rôle déterminant dans la riposte, revendiquant notamment la sécurisation du palais présidentiel et la conservation de l’ensemble des positions stratégiques et aérodromes. Le ministère russe de la Défense a indiqué mardi que la riposte avait causé 2 500 morts dans les rangs des assaillants. Des blessés ont été signalés dans les rangs d’Africa Corps et auraient été évacués en priorité.

La question de Kidal

La situation dans la région de Kidal a fait l’objet d’une attention particulière. Le général Diarra a reconnu une situation « particulière », annonçant une « réadaptation du dispositif » avec un repositionnement des forces sur la localité d’Anefis, tout en insistant : « Nous restons dans la région de Kidal. » Africa Corps a de son côté confirmé avoir quitté la ville avec l’armée malienne dans le cadre d’une « décision conjointe » avec les autorités maliennes, après évacuation prioritaire des blessés et des équipements lourds. Reprise par Bamako en novembre 2023 avec l’appui russe, après le retrait de la Minusma, Kidal avait été présentée comme le symbole du retour de l’autorité de l’État dans le Nord.

Face à la dégradation sécuritaire, un couvre-feu de 72 heures, de 21h à 6h, a été instauré à Bamako dès samedi soir — une mesure présentée comme inédite depuis la pandémie de Covid-19. À Gao, le couvre-feu a été avancé à 19h30 jusqu’à nouvel ordre. L’aéroport international Modibo Keïta est resté fermé samedi et dimanche. Plusieurs chancelleries, dont l’ambassade des États-Unis, ont recommandé à leurs ressortissants de limiter leurs déplacements.

La parole des autorités

Lors d’un point de presse tenu au premier jour du deuil national, le Premier ministre Abdoulaye Maïga a affirmé que les attaques du 25 avril visaient à « conquérir le pouvoir » et à « démanteler les institutions de la République », estimant qu’elles poursuivaient trois objectifs : semer la peur, briser la cohésion nationale et affaiblir la détermination des autorités. « Nous n’avons pas eu peur, nous n’avons pas douté et nous n’aurons jamais peur », a-t-il déclaré, promettant un renforcement du dispositif sécuritaire et « l’éradication totale du terrorisme ».

Après plusieurs jours d’absence publique, le président Assimi Goïta a accordé mardi une audience à l’ambassadeur de Russie au Mali, Igor Gromyko, avant de s’adresser à la Nation depuis le palais de Koulouba. Il a assuré que la situation sécuritaire est désormais « maîtrisée », rendu un hommage appuyé au général Camara et attribué les attaques à « un vaste plan de déstabilisation conçu et exécuté par les groupes armés terroristes et les sponsors internes et externes qui leur fournissent du renseignement et des moyens logistiques ». Il a réaffirmé le cap de la « refondation » et de la souveraineté nationale, salué la « synergie » au sein de la Confédération des États du Sahel (AES) et la coopération stratégique avec la Russie, et exhorté les Maliens à l’unité et à la vigilance face à la désinformation. « Aucune violence, aucune intimidation ne saura inverser la marche de notre pays », a-t-il assuré.

Réactions internationales

La communauté internationale a largement condamné les attaques. Le président de la Commission de l’Union africaine (UA), Mahmoud Ali Youssouf, a exprimé une « vive préoccupation » et réaffirmé l’engagement « constant et indéfectible » de l’organisation en faveur de la paix au Mali. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a condamné « fermement » ces « actes odieux » et appelé à une mobilisation régionale coordonnée contre le terrorisme, malgré le retrait officiel du Mali de l’organisation en janvier 2025. Devant le Conseil de Paix et de Sécurité de l’UA, le Maroc a condamné les attaques avec « la plus grande fermeté » et appelé à une « approche régionale renforcée et coordonnée », plaidant pour la mobilisation des fonds pertinents en étroite coordination avec les autorités maliennes. Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a condamné les attaques « avec la plus grande fermeté », tandis que la Mauritanie et le Bénin ont exprimé leur solidarité avec Bamako. L’ambassadeur russe Igor Gromyko a pour sa part réaffirmé que la Russie restera « l’amie du Mali ».

Les opérations de ratissage se poursuivent dans les zones touchées. Le gouvernement a annoncé le renforcement de l’assistance aux victimes, le soutien aux familles endeuillées et l’accompagnement des blessés.

Source : Agence de Presse Africaine (APA)

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